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Bibliothèque universitaire Pierre et Marie Curie

Le "Dessin sous haschisch" de Jean-Martin Charcot

 

Lorsque le célèbre « commandant Charcot », fondateur des recherches polaires françaises, donne en 1907 la bibliothèque de son père, Jean-Martin Charcot, il y joint aussi sa documentation de travail, masse d’archives essentielle où se déploie l’activité infatigable de cet immense médecin aux nombreux talents. Parmi ceux-ci est notoirement célèbre son coup d’œil et son coup de crayon, qualités indissociables de la médecine d’observation et de la méthode anatomo-clinique appuyée sur l’exploration post-mortem des lésions[1]. Ce « Charcot artiste » [2], son élève Henry Meige le célèbre cinq ans après sa mort dans un article où il fait état de cet étonnant dessin de jeunesse, « fantaisie caricaturale (…) rappelant les compositions apocalyptiques de van Bosch ou de Jacques Callot », et composé sous l’influence du haschich. Charcot a alors 28 ans et vient d’être nommé chef de clinique à la Salpêtrière où il fera toute sa carrière.

L’utilisation du haschich s’inscrit dans une démarche expérimentale lancée par Jacques-Joseph Moreau de Tours dans Du hachisch et de l’aliénation mentale (1845)[3]. Le haschich permet selon lui une expérimentation de l’intérieur des états pathologiques d’aliénation mentale. Ainsi, l’expérience que fait Charcot n’est pas seulement esthétique, mais scientifique. Comprendre la dissolution du moi et des idées à l'œuvre dans la folie aura un impact sur sa compréhension à venir de l’hystérie comme état mental dissocié entre un conscient et un inconscient. Cette leçon sera aussi retenue par Freud lors de son passage à la Salpêtrière. Après Charcot et Freud, le dessin automatique fera le bonheur des surréalistes et du poète Henri Michaux (ayant dessiné sous mescaline) quand la psychiatrie continuera d’expérimenter elle aussi les hallucinogènes : après le haschich viendront le peyolt, le LSD ou la psilocybine[4]. Le dessin de Charcot fait date pour tous ces développements et à ce titre est convoqué lors de rétrospectives touchant à ces sujets.

Expositions récentes du dessin :

2015 - Psilocybine: Quand la psychiatrie observe la création : Les années 60 à Sainte-Anne. Centre d'étude de l'expression

2014 – Charcot, une vie avec l’image. Exposition du 12 mai au 9 juillet 2014, Eglise St Louis, Pitié Salpêtrière.

2013 – Sous influences : Artistes et psychotropes (2013) Exposition à la Maison Rouge du 15 février au 19 mai 2013.

 

[1] GOETZ, Christopher G. "Jean-Martin Charcot and the anatomo-clinical method of neurology". Dans : MICHAEL J. AMINOFF, François Boller and Dick F. Swaab (dir.), Handbook of Clinical Neurology. Vol. 95 [en ligne]. [S. l.] : Elsevier, 2009, p. 203‑212. [Consulté le 14 avril 2017]. DOI 10.1016/S0072-9752(08)02115-5.

[2] MEIGE, Henry. "Charcot artiste". Nouvelle iconographie de la Salpêtrière. 1898, Vol. IX, no 6, p. 511-512.

[3] MOREAU, Jacques-Joseph. Du hachisch et de l’aliénation mentale: études psychologiques. Paris, France : Fortin, Masson et Cie, 1845.

[4] COHEN, Y. et JACQUOT, C. "Psychodysleptiques". Dans : Pharmacologie (6e édition révisée) [en ligne]. Paris : Elsevier Masson, 2008, p. 206‑214. [Consulté le 14 avril 2017]. ISBN 978-2-294-08900-8. DOI 10.1016/B978-2-294-08900-8.50025-9.

09/05/17

Traductions :

    Fiche technique

    Titre: Dessin sous haschisch

    Auteur : Jean-Martin Charcot

    Date : 1853

    Localisation: bibliothèque Charcot